Bernard Lavilliers est de retour sur scène !Rendez-vous en tournée pour 30 dates exceptionnelles en 2027 !!Bernard Lavilliers – Rite cruel« Dans cet album, je ressens l'Empire. Le retour d’une volonté de partager le monde qui avait disparu avec la fin de la guerre froide. Le roi Ubu… » Dès la première chanson de l’album, Bernard Lavilliers le confirme : « Il faut être coriace pour tenir / Il faut être solide pour agir / La musique nous tient, nous inspire ».Tenir, inspirer ? Ses chansons affrontent les forces adverses sans cligner des yeux, forgent des armes pour traverser la nuit. Agir selon Lavilliers, c’est ça : faire entendre des mots, des élans, des espoirs pour résister dans cette époque – il n’y a pas besoin d’énumérer contre qui, contre quoi.Lavilliers n’a jamais changé de trajectoire. Voici le vingt-troisième album d’un artiste qui se nourrit toujours du monde. Le monde tel qu’il est, le monde tel qu’il change, le monde tel qu’il sombre, le monde tel qu’il espère. Alors, l’album Rite cruel surgit dans notre époque avec des vertiges, des émerveillements, des dégoûts, des questions, des consolations et partout le cœur battant du monde. Lavilliers a écrit, composé et enregistré à Paris mais aussi à Rio de Janeiro et à Kinshasa. « C'est indispensable de voyager et ça le sera toujours. Je n'étais pas allé au Brésil sous Bolsonaro. Je n’avais pas vu Kinshasa depuis très longtemps… » Car Lavilliers profite des éclaircies dans les orages pour aller voir ici ou là ; il rencontre des musiciens, des plasticiens, des poètes ; il ne prend pas de photos ; il écrit, il compose. « Me balader, ça me reverdit. » Il sait que « quand je chanterai ces chansons sur scène, la donne géopolitique aura peut-être changé. Après l’album, j’ai voulu retourner en République Démocratique du Congo pour aller plus loin que Kinshasa, mais il y avait Ebola... » En ce moment, il ne peut pas revoir Beyrouth ou Port-au-Prince. « Mais ça me reste dans la tête », dit-il.Dans la chanson Samarcande, le chanteur voyageur confesse son rêve d’enfance, devenu une vie d’artiste : « Imagine Valparaiso / Imagine les îles de la Sonde / De Salvador jusqu’à Rio / Je fais tourner la mappemonde / D’Alexandrie à Samarcande / De New York à San Francisco / Des Féroé aux terres d’Islande / Manille, Maracaibo ». Il chante Kinshasa, ville loin des mines mais où circule leur argent et leur tension et où « il y a tout le temps des gens qui circulent, qui bossent, qui s’affairent. Près du studio de maquettes où je m’étais installé, il y a une rue entière de réparateurs de motos chinoises qui travaillent toute la journée et toute la nuit. Moi, j’étais là avec ma nostalgie du Kinshasa de l'époque de Tabu Ley Rochereau et des guitares de la rumba… » Une chanson se construit sur ce vacarme de sensations et de sentiments.Il a contemplé Rio à l’envers des cartes postales, quand la brume ouate l’air, quand l’ambiance est mélancolique, quand la laideur frôle la ville – « La musique est lointaine, les collines s’effacent / La mer qui disparait est toujours à sa place ». Écoutant Rio no inverno, « Chico Buarque m'a dit : « Nous, on n'écrit jamais sur Rio en hiver. »Lavilliers chante aussi ce qu’il ne voit pas, sinon dans les images vibrantes des écrans et dans la crudité de ce qui s’en imprime dans la mémoire, comme avec Ligne de feu : « Les tranchées de la guerre d'Ukraine, c’est les tranchées de la Première guerre mondiale. Et les soldats endormis par les drones, c'est Le Dormeur du Val sans Rimbaud. » Et, alors que la guerre là-bas s’éternise sans cesser de nous menacer insidieusement, il convoque l’Histoire et un frère d’armes de la plume : il chante un texte mythique, Berceuse des enfants d’Europe, écrit par un poète de la Résistance sur lequel personne ne sait rien, sinon son pseudonyme, Louis Cauchois, dans lequel parle une femme : « Dors mon tout jeune, dors mon tout beau / Dors dans le bruit lointain des armes / Dors né trop tard dors né trop tôt ». On comprend mieux ce qu’est ce Rite cruel : l’anagramme de l’écriture, le projet absolu de « Se battre avec les mots / Pour arrêter la guerre ». Une lutte de l’âme, de l’esprit, du cœur, perpétuellement recommencée, qui amène à toujours revenir vers les révoltes recuites, les effrois renouvelés, les colères à long terme, comme lorsqu’il saisit l’humanité dans notre instant présent dans De la grâce à la chute (la zone) : « Donnez du crédit à la fuite / De la folie à l’improviste / De l’éternité à l’instant / La guerre a changé nos regards / Notre planète est une cible ». Lavilliers tient à ce combat toujours plus urgent : « Je vois bien les tentatives pour réduire la langue. Nous entendons, nous parlons un vocabulaire rétréci. Nous lisons de moins en moins de livres. Une sorte de Moyen-Âge numérisé. » D’où l’urgence de réveiller les mots, et avec eux les compassions, les partages, les ferveurs. Ce combat consiste aussi, dans Soño, à rappeler la malédiction des Cubains rêvant de par
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