Catherine Ringer s’est éteinte dans la nuit du à l’âge de 68 ans, emportée par un cancer foudroyant. La nouvelle a frappé comme un coup de cymbale dans le silence d’une nuit d’automne, laissant un vide immense dans le paysage musical français. Avec elle disparaît la moitié des Rita Mitsouko, ce duo mythique qui, aux côtés de Fred Chichin – disparu en 2007 –, a électrisé la scène française pendant près de trois décennies. Leur musique ne s’écoutait pas, elle se vivait, et aujourd’hui, elle résonne comme un écho indélébile.

*"Artiste française majeure, moitié des Rita Mitsouko, Catherine Ringer a marqué plusieurs générations par sa voix et ses chansons, sa grande liberté et sa singularité."*

— Communiqué de ses enfants

Ces mots sonnent comme une épitaphe, mais aussi comme un rappel : personne n’a jamais chanté comme elle. Personne n’a osé mêler avec autant d’audace le rock, la chanson française, l’électro et le théâtre. Personne n’a transformé chaque concert en un happening où la sueur, les larmes et les rires se mêlaient sans hiérarchie.

Des hymnes charnels et intemporels

"Marcia Baïla", "C’est comme ça", "Andy"… Ces titres ne sont pas de simples tubes. Ce sont des hymnes charnels, des morceaux qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus. "Marcia Baïla", écrit pour leur amie danseuse emportée par un cancer, est bien plus qu’une chanson : c’est un cri d’amour et de rage, une mélodie qui vous serre la gorge à chaque écoute. "C’est comme ça", avec son rythme entêtant et ses paroles désabusées, résume à lui seul leur génie – faire danser sur la mélancolie, rire dans la douleur.

Une vie dédiée à la création

Née en 1957 dans une famille d’artistes – son père, Sam Ringer, était un peintre rescapé des camps de concentration –, Catherine Ringer a quitté l’école à 15 ans pour se consacrer à la création. Elle a exploré la musique, le cinéma expérimental, et même le X, un passé qu’elle n’a jamais renié. Avec Fred Chichin, elle a formé en 1979 l’un des groupes les plus révolutionnaires du rock français, mêlant new wave, électro, chanson et provocation. Leurs tubes ont traversé les décennies, portés par des mélodies enjouées et des textes profonds, souvent tragiques. Après la mort de Fred Chichin, Catherine Ringer a poursuivi une carrière solo tout en perpétuant l’esprit des Rita, avec des albums comme Ring n’Roll (2011, Victoire de la Musique en 2012) et des performances scéniques où la musique se mêlait à la poésie et à l’improvisation.

Un héritage artistique et émotionnel

Leur disparition à tous les deux, à 19 ans d’intervalle, laisse un vide artistique et émotionnel dans la musique française. Dès l’annonce de sa mort, les hommages se sont multipliés, des réseaux sociaux aux plus hautes sphères de l’État. Le président de la République, Emmanuel Macron, a salué une voix qui a fait de chaque chanson une liberté, tandis que la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a évoqué une artiste qui a fait danser des générations entières. Les ventes de leurs albums ont explosé, avec une hausse de 300 % des streams sur Spotify et Apple Music dans les 24 heures suivant l’annonce.

Quelques chiffres clés des Rita Mitsouko :
  • Plus de 5 millions d’albums vendus depuis 1979.
  • The No Comprendo (1986), leur album le plus vendu, est certifié disque de diamant.
  • Marcia Baïla cumule plus de 50 millions d’écoutes sur Spotify, dont 30 % proviennent de moins de 25 ans.
  • Hausse de 400 % des écoutes pour les Rita Mitsouko dans les jours suivant l’annonce de la disparition de Catherine Ringer.

Une influence qui dépasse les frontières

À une époque où la chanson française était souvent sage, les Rita Mitsouko ont brisé les codes. Ils ont mêlé rock, électro et poésie, avec des textes qui parlaient de mort, d’amour, de politique ou de folie sans jamais tomber dans le pathos. Ils ont incarné la liberté : costumes extravagants, clips avant-gardistes, scènes transformées en spectacles. Catherine Ringer, avec sa voix à la fois rauque et cristalline, ses trois octaves et son énergie dévastatrice, a prouvé qu’une femme pouvait dominer une scène rock sans compromis. Leurs morceaux sont toujours joués, samplés, repris par des artistes comme L’Impératrice, Pomme ou Feu! Chatterton. Preuve que leur musique n’était pas un phénomène de mode, mais une œuvre intemporelle.

Engagée contre l’extrême droite, Catherine Ringer a revisité La Marseillaise en 2024 pour célébrer l’inscription de l’IVG dans la Constitution, remplaçant sang impur par loi pure. Un geste fort, à l’image d’une artiste qui n’a jamais séparé l’art et le combat.

Une inspiration pour les nouvelles générations

Des groupes comme L’Impératrice, Pomme ou Feu! Chatterton citent régulièrement les Rita Mitsouko comme une influence majeure. Leur mélange de rock, d’électro et de chanson française inspire une nouvelle génération d’artistes qui cherchent à sortir des sentiers battus. Plusieurs artistes ont déjà annoncé des concerts hommage pour 2027, avec des reprises de leurs titres les plus emblématiques.

Des monstres sacrés de la scène française

Les Rita Mitsouko ne sont pas seulement un groupe culte : ce sont des monstres sacrés dont l’influence se mesure en chiffres, en ventes et en générations de fans. Leur premier concert a eu lieu en 1980 au Gibus, une salle mythique de Paris, devant une poignée de spectateurs. Leur set était si électrique que le public, d’abord sceptique, a fini par danser sur les tables. Leur premier single, "Minuit dansant" (1981), a été un échec commercial, mais il a attiré l’attention de Serge Gainsbourg, qui les a invités à son émission Champs-Élysées en 1982. Leur performance de "Galoping" (un morceau jamais enregistré en studio) est devenue culte parmi les fans.

En 1984, "Marcia Baïla" se classe n°2 des ventes de singles en France. C’est la première fois qu’un morceau de rock français mélancolique et dansant à la fois atteint un tel succès. Leur passage au Zénith de Paris en 1987 est un triomphe, avec un public qui chante "C’est comme ça" en chœur. En 1990, ils sont les premiers artistes français à jouer au festival de Glastonbury, devant 20 000 personnes. Leur performance est décrite comme le meilleur set du festival par le NME.

Leur nom vient d’un jeu de mots entre "Rita Hayworth" et "mitsouko" (un parfum Guerlain, mais aussi un mot japonais signifiant mystère). Fred Chichin jouait sur une Fender Telecaster des années 60, achetée d’occasion en 1978. Il refusait de la faire réaccorder pendant les concerts, ce qui donnait à leur son un côté désaccordé mais génial. Catherine Ringer détestait les balances et préférait improviser. Lors d’un concert à Lyon en 1985, elle a oublié les paroles de "Andy" et improvisé un couplet en espagnol, sous les applaudissements du public.

En 1986, Serge Gainsbourg les insulte en direct sur Canal+ (Vous êtes des putes, des salopes !). Catherine Ringer lui répond du tac au tac : Moi au moins, je choisis mes partenaires. L’échange devient légendaire. Ils ont refusé de passer à Top 50 pendant des années, jugeant l’émission trop commerciale. Ils n’y ont finalement accepté qu’en 1993, pour promouvoir "Système D", et ont exigé de jouer en playback inversé.

Un héritage vivant

Aujourd’hui, leur musique continue de vivre. Pour ceux qui veulent (re)découvrir les Rita Mitsouko, leur discographie est disponible sur toutes les plateformes. Les rééditions de The No Comprendo et Marc & Robert sont déjà disponibles chez les disquaires indépendants. Leur héritage, c’est une musique qui ne ment jamais, qui vient du ventre, et qui, quarante ans plus tard, électrise encore les scènes et inspire les nouvelles générations.